RAIL et MEMOIRE

RAIL et MEMOIRE

Ceux du convoi des 45000

 

Une place à part est faite dans la page  d'hommage aux déportés

pour les cheminots

du « convoi des 45000 »


De tous les convois (1) que nous avons « épluché », nous avons à ce jour,  recensé 120 cheminots dans celui ci … ce chiffre n'est peut être pas définitif.

 Pour un convoi de 1175 hommes, 120, ç'est lourd …. 

Surtout quand on retranche la cinquantaine d'hommes déportés pour raison raciale et la poignée de « droit commun ».

Pourquoi un tel nombre de cheminots dans ce convoi ?

En Avril 1940, un décret qui porte le nom du député SFIO  Albert Serol*, ministre de la Justice du 21 mars au 16 juin 1940, interdit le  parti communiste et donne la possibilité de requérir la peine de mort pour les prévenus reconnus coupables d'avoir « participé sciemment à une entreprise de démoralisation de l'armée ou de la nation ».

Désormais, les militants communistes sont poursuivis pour leurs idées et leur engagement politique. 

De nombreux cheminots, le plus souvent syndicalistes à la CGT, engagés dans les grands combats sociaux de la troisième république qui ont amenés,  la semaine de 40 heures, les congés payés ; le sont …

La SNCF de l'époque sous la direction de son président, Robert Le Besnerais, demande à ce que le « décret Serol » s'applique et que les militants soient identifiés.

Parmi eux, certains sont révoqués de l'entreprise, arrêtés et emprisonnés ou internés par les autorités Françaises et ce avant l'invasion allemande en juin 1940.

En juillet 1941 les directives se durcissent encore. ( voir l'annexe 1)   .

Lors de l'arrivée des troupes allemandes en juin 1940, et bien avant la déclaration de guerre contre l'URSS, ces cheminots renouent les contacts,  et préparent l'avenir …

Leur compétence et leur expérience en aurait probablement fait les chefs de file d'une future armée populaire ..

Fichés, pourchassés, internés ; les autorités Françaises n'ont pas de mal à arrêter des hommes pour la plupart chargé de famille et qui ne peuvent dès 1940, que rentrer dans la clandestinité.

Ils seront livrés aux Allemands.

 De ce convoi de répression à destination d'Auschwitz, le premier composé de politique à partir de zone occupée (2), sur les 120 cheminots déportés ; 3 reviendront .

 

Pour un total « officiel » de 1 157 (3) agents « morts en déportation » annoncé par l'entreprise, la plupart le sont pour leur engagement politique et leur « résistance » à un ordre social qui voulu prendre comme modèle, celui qu'eux combattaient…

Si, tous n'eurent pas le temps de combattre l'occupant, ils en furent empêché par les autorités Françaises, relayées par une entreprise trop contente de se débarrasser des plus grandes figures du combat syndicaliste.

Dans l'ouvrage de Claudine Cardon Hamet ;   « Triangles rouges à Auschwitz : Le convoi politique du 6 juillet 1942 ». consacré à l'histoire de ces 1175 hommes,  en 1ere de couverture, la photographie du visage d'un des 117 cheminots de ce convoi , le Cheminot Marius Amiel, 

 

pour en savoir plus =

 http://politique-auschwitz.blogspot.com/2007/10/prsentation-plus-longue-du-convoi.html

 Dans son regard, toute la détermination de ces 117 cheminots et de tous leurs frères de misère,  hommes du convoi du 6 juillet 1942 , « les 45000 », qui …

 « Simples et humains, ils ont donné volontairement leur vie pour qu'au­-delà de la victoire des armes un sens nouveau et jeune soit donné aux idées de liberté et de démocratie. »

Les 120 cheminots de ce convoi du 6 Juillet 1942 représentent environ 10 % de l'ensemble des cheminots morts en déportation reparti sur 300 convois …

ne les oublions pas …

 

dessin de Pierre Mania exposé au musée de l'Ordre de la Libération

ANNEXE 1 : Source http://bteysses.free.fr/

« Note du 10 juillet 1941 de la Direction Générale aux directeurs de l'Exploitation des Régions :

" Toute manifestation de caractère communiste, qu'elle soit collective ou individuelle et quelle que soit son importance, doit, en particulier, être immédiatement signalée.

Tout chef d'établissement qui viendrait à apprendre que des agents placés sous sa direction ont participé en dehors du service à de telles manifestations doit également le signaler.

Tout chef d'établissement qui découvre des tracts ou des affiches communistes doit s'efforcer de trouver les auteurs de leur distribution et, si possible, de leur rédaction.

Ils devront, de même, signaler aux préfets les agents que, sans avoir des éléments suffisants pour proposer leur licenciement, ils suspectent de se livrer à une telle propagande; les services de police pourront être à même d'élucider le rôle de ces agents et une liaison constante devra être maintenue dans ce but".

 

Dans une note confidentielle du 14 août 1941  n° 790, ayant pour objet la «propagande communiste», les directeurs d'exploitation mettent en demeure les régions SNCF «d'adresser dans un court délai au directeur général de nouvelles listes des communistes à licencier en raison de la propagande à laquelle ils se livrent. Leur désignation résultera donc avant tout des renseignements fournis par les chefs d'établissement eux-mêmes... » précise la note.

 

Le 15 août 1941, dans une lettre confidentielle n° AS 356-41 Am, c'est au tour des chefs de service du matériel et de la traction d'insister sur «la nécessité d'un renforcement sérieux des mesures de défense et de l'action préventive contre le communisme. A cet effet, poursuit la note, la SNCF a la possibilité, et le devoir, de provoquer de nouvelles éliminations».
 

Les chefs d'arrondissement recevront une mise en demeure de leur chef du service Matériel et Traction les priant en particulier de prendre note :
 

« - qu'une liste unique devra être établie par (leur) arrondissement...

« - qu'un numéro d'ordre devra être donné à chacun des intéressés, le n° 1 étant attribué à l'agent considéré comme le plus dangereux.»


Il faut dire que beaucoup de chefs d'établissement, obligés d'appliquer ces directives, le feront avec le souci de ne pas «charger les résistants» et que de nombreux cadres rejoindront les rangs de la Résistance.

 

Le 26 août 1941, LE BESNERAIS, Directeur Général de la SNCF, donne aux autorités allemandes un premier bilan de l'élimination des communistes dans les chemins de fer:


"Nous avons éliminé tous les agents exerçant une mauvaise influence sur leurs camarades et à cela ont concouru trois catégories de mesures: d'abord, les autorités allemandes ont arrêté une soixantaine de cheminots en zone occupée. De leur côté, les autorités françaises ont arrêté en zone occupée et envoyé dans des camps, 230 agents ayant eu une activité communiste en dehors du chemin de fer. Enfin, 320 agents de la zone occupée ne faisant pas de propagande ouverte, mais connus par nous, ont été révoqués et signalés à la Police.

Au total, environ 600 agents de la zone occupée ont été ainsi éliminés.

A la suite de ces mesures, depuis une quinzaine de jours environ, la propagande a diminué très nettement à l'intérieur des emprises du chemin de fer, mais il n'en est pas de même à l'extérieur où tous les cas qui nous sont signalés sont aussitôt répercutés à la Police qui, là, peut seule agir."
 
 

Ainsi, l'anti-communisme fut l'un des fondements (justificatifs ?) de la collaboration de certains dirigeants de l'entreprise  avec le système nazi.
 

Avec, comme résultat concret et immédiat, " l'élimination" de centaines de cheminots dès 1941. »

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* Albert Sérol député socialiste partisan de la résistance au fascisme. Il signe en avril 1940 comme garde des sceaux le "décret Sérol" qui autorise la condamnation à mort de tout français qui aura participé sciemment à une entreprise de démoralisation de l'armée ou de la nation.

(1)     (302 répertoriés dans le livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation )

(2)  le convoi du 06 Juillet 1942 est le premier composé de politique à partir de zone occupée       voir le site consacré au 45000 et aux 31000 ; constitué de femmes également déportées à Auschwitz     http://dev.memoirevive.org/spip.php?article1498&form=45000

       lire aussi ; Triangles rouges à Auschwitz : Le convoi politique du 6 juillet 1942 Editions         Autrement (8 avril 2005) de Claudine CARDON – HAMET

 (3) Cf  l'ouvrage de Paul Durand, La SNCF dans la guerre, sa résistance à l'occupant, paru en 1968

nous vous renvoyons au site partenaire

 

MEMOIRE VIVE http://dev.memoirevive.org/spip.php?article1498&form=45000

 

Déportés Politiques à AUSCHWITZ :

http://politique-auschwitz.blogspot.com/2007/10/prsentation-plus-longue-du-convoi.html

 



21/05/2008
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