RAIL et MEMOIRE

RAIL et MEMOIRE

LE FOL Maurice

LE FOL Maurice

 

Mécanicien au Dépôt de NANTES (44)

 

Date de naissance : 12 février 1899

Lieu de naissance : GOND-PONTOUVRE (Charente)

Date de décès : 4 juillet 1944

Lieu de décès : Camp de BIARD (Vienne)

Circonstances : Fusillé

 

 

 

Méthode de recherches Rail et Mémoire pour cette notice :

 

 

- A.D.L.A. : cotes 1M 604 ; 1M 606 ; 1668 W 17 ; 1623 W 51 ; 1623 W 115.

 

- Centre National des Archives SNCF (Le Mans) : cotes 201 LM1 à 5 ; 25 LM 1934.

 

- Notes de l'historien Roger Picard (Vienne).

 

- « LA VIE A EN MOURIR - LETTRES DE FUSILLES 1941 - 1944 », Guy Krivopissko, Edition TALLANDIER - 2003 pages 335 - 336.

 

 - documents de  Viviane Favreau (FNDIRP de Niort) au sujet de Maurice Le Fol, fusillé à Biard.sources Documents envoyés par le Mémorial de Caen.

 

 

 

 

 

 

 

            Note rédigée par Carlos Fernandez correspondant Rail et Mémoire.

 

       Nous n'avons pas de trace de l'engagement syndical ou politique de Maurice Le Fol avant 1922. Précisément le 14 octobre où un rapport des Renseignements Généraux adressé au Préfet de la Loire-Inférieure (Loire-Atlantique) mentionne sa présence en tant que Président de séance à l'occasion d'une réunion publique organisée par les Fédérations Majoritaires et Unitaires des cheminots à la Bourse du Travail à Nantes. Un engagement qui se confirme dans les années suivantes au côté des Unitaires et au sein du Parti Communiste Français.

 

       Juste avant l'arrivée des troupes allemandes à Nantes, le 19 juin 1940, les fiches policières des militants syndicaux et politiques sont détruites. Elles seront cependant rapidement reconstituées. De ce fait Maurice Le Fol qui est mécanicien au dépôt de Nantes-Mauves fait l'objet d'une étroite surveillance

 

       Il subit une première perquisition à son domicile le 7 décembre 1940. Sans résultat. Pendant cette période il mène une activité clandestine soutenue pour la libération des prisonniers sans être de nouveau inquiété.

 

       Cependant le 3 juillet 1941 Mr Berthelot, Secrétaire d'Etat aux Transports et aux Communications s'adresse au Président du Conseil d'Administration de la SNCF en ces termes :

 

       « Pour des raisons qu'il n'est pas utile de développer, il importe aujourd'hui, plus que jamais de détruire le communisme en France ...

       Il est notoire que la propagande communiste continue sous forme de tracts ou autrement, dans certains établissements SNCF ...

       D'autre part, des incidents récents forts regrettables démontrent la nécessité d'une action énergique. Des trains de prisonniers ont été salués à leur passage, dans certaines gares par des agents le poing tendu ...

       Je réclame des dirigeants de la SNCF une attitude résolument active ...

       Je demande qu'à tous les échelons du commandement, les chefs en contact avec les hommes recherchent et signalent les agitateurs.

       Chacun doit prendre parti. Les représentants des dirigeants qui n'auraient pas fait tout leur devoir envers le pays pourra être mise en cause ».

 

 

       Le 10 juillet c'est au tour de Mr Le Besnerais, Directeur de la SNCF de s'adresser à ses Directeurs d'Exploitation :

 

       « ... Je vous prie de prendre les mesures nécessaires pour que les agents susceptibles de propager les théories communistes soient activement recherchés ...

       Vos chefs d'arrondissement devront, sans tarder, se mettre personnellement en rapport avec les Préfets des départements et leur demanderont de bien vouloir communiquer les renseignements qu'ils possèdent sur les agents du Chemin de Fer, suspectés de se livrer à la propagande communiste.

       Ils devront, de même, signaler aux Préfets, les agents qui sans avoir des éléments suffisants pour prononcer leur licenciement, qu'ils suspectent de se livrer à une telle propagande ; les services de police pourront être à même d'élucider le rôle de ces agents.

       Je vous prie enfin, de reprendre d'urgence l'examen des cas de tous les agents déjà connus pour leur activité communiste et que nous n'avions pas cru devoir proposer précédemment pour le licenciement, soit parce qu'ils paraissaient avoir, depuis quelques mois, compris l'erreur, soit parce que nous avions dû limiter nos propositions aux éléments indubitablement les plus dangereux :             les premiers seront étroitement surveillés, les seconds seront proposés sans tarder, pour le licenciement ... ».

 

       De nombreux cadres se déshonorent en appliquant à la lettre ces directives. C'est le cas des Chefs des dépôts de Nantes-Mauves et Nantes Sainte-Anne qui adressent une note au Préfet le 8 septembre 1941 « concernant certains de leurs agents soupçonnés de se livrer à une activité communiste ou subversive ». Douze noms sont ainsi livrés et parmi eux figure celui du mécanicien de route Maurice Le Fol. Et le Préfet d'envoyer cette liste au Commissaire Spécial des Renseignements de manière à effectuer « une enquête approfondie sur chacun d'eux ».

 

       Y a-t-il une corrélation ?

 

       Suite à l'exécution du Feldkommandant K. Hotz, le 20 octobre 1941 à Nantes par un commando parisien diligenté par l'Organisation Spéciale du P.C.F., Maurice Le Fol et son fil André (1) sont arrêtés et emprisonnés comme otages. Parmi tous les otages, 48 sont fusillés les 20 et 22 octobre à Nantes, Châteaubriant et au Mont-Valérien. Maurice Le Fol et son fils sont libérés en décembre 1941.

 

       Maurice Le Fol poursuit son activité de manière plus discrète et établit des liens, grâce à Libertaire Rutigliano (2), entre Paris et Nantes pour le Front National de Libération en décembre 1943.

 

       En février 1944 il quitte son emploi à la SNCF, abandonne son domicile et entre en clandestinité. C'est alors qu'il est nommé responsable politique régional des F.T.P. pour les départements de la Vienne, des Deux-Sèvres avec un débordement dans le Sud du Maine et Loire avec, probablement, l'appui de l'instituteur nantais Joseph Fraud (3) qui a le grade de capitaine F.T.P.F. et Commissaire aux effectifs pour les départements en question.

 

       A l'approche du 1er mai 1944 les distributions de tracts du P.C.F. sont plus nombreux ce qui amène les policiers de la Section des Affaires Politiques (S.A.P.) en lien avec la S.D. à suivre de très près ces distributions en essayant de détecter les lieux de stock et de fabrication. La surveillance puis les filatures provoquent plusieurs arrestations dont celle de Maurice Le Fol le 30 avril à Niort lors d 'un rendez vous avec un agent de liaison . Il détient des tracts communistes destinés aux responsables locaux et est porteur d'un pistolet automatique.

 

       Après quelques semaines de détention, il est transféré à Poitiers, où le tribunal militaire allemand le condamne à mort le 23 juin 1944.

 

       Quelques instants avant d'être fusillé, au camp de Biard, près de Poitiers il griffonne sur une feuille qu'il prendra le soin de cacher :

 

       « Je meurs en français, le 4 juillet 1944, que mon fils vive et soit fier de son père. Je vous embrasse tous une dernière fois ».

 

 

(1) André le Fol est étudiant au Lycée Livet à Nantes. Militant actif du Front Patriotique des étudiants puis responsable de F.N. auprès des jeunes il sera arrêté le 6 avril 1943.

Déporté à Buchenwald en octobre 1943 il est rapatrié le 22 mai 1945.

 

 

(2) Libertaire Rutigliano est né au Caire (Egypte) le 19 décembre 1920. C'est un étudiant brillant. Dès l'arrivée des allemands à Nantes il confectionne avec des lycéens des papillons contre l'occupant puis organise le premier groupe universitaire résistants de Nantes. Il devient responsable Régional du F.N. début 1943 puis responsable interdépartemental des Forces Unies de la Jeunesse Patriotique.

Arrêté début avril 1944 il est déporté à Dachau et décède le 6 mai 1945, après la libération du camp.

Un collège nantais porte son nom.

 

 

(3) Il est à noter que Joseph Fraud instituteur à La Montagne (proche de Nantes) entre comme manutentionnaire à la S.N.C.F., en avril 1943, pour échapper au S.T.O. Résistant actif des F.T.P. il entre en contact, lui aussi, avec Libertaire Rutigliano en octobre 1943 sous le nom de "DUARD".puis devient clandestin suite à l'arrestation de sa sœur Gisèle sous le nom de "VICTOR ". Il participe notamment à l'organisation de l'évasion collective du camp de Rouillé (Vienne).

Arrêté le 21 juin 1944 il est déporté à Compiègne puis Buchenwald et Witten-Annen (Ruhr). Il est libéré par les américains le 1er avril 1945.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



19/01/2010
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