RAIL et MEMOIRE

RAIL et MEMOIRE

MEROT Alphonse

MÉROT Alphonse

 

Cheminot Permanent Syndical à CHALON (71)

 

Date de naissance : 1er mars 1905
Lieu de naissance :
 SIMARD (71)
Date du décès :
 19 septembre 1942
Lieu de décès :
 AUSCHWITZ
Circonstances : Mort en Déportation

Enregistré à AUSCHWITZ sous le matricule 45875

 

Cheminot du Convoi des 45000

 


Méthode 
 de recherche Rail & Mémoire pour cette notice :

 

Journal « notre métier de novembre 1946

Livre Mémorial FMD Tome I page 436

Site Mémoire Vive => http://dev.memoirevive.org/biographies/45875.html

Site des Déportés Politiques Convoi des 45000 :

http://politique-auschwitz.blogspot.com/2010/07/merot-alphonse.html (d’où provient la photo)

CD 9500 bio Cheminots Engagés (voir notre bibliographie)

 

 

Certificat appartenance à la résistance (cliquez sur le lien)

Certificat Décès Camp Auschwitz (Cliquez sur le lien)

 

 

Notice Mémoire Vive :

 

Il naît le 1er mars 1905 au Grand Cerisier à Simard (Saône-et-Loire - 71), dans une famille d’agriculteurs, de Marie Mérot, 41 ans, et de père inconnu.
Le 1er mai 1925, il est appelé pour accomplir son service militaire ; il habite alors encore à Simard et se déclare comme cultivateur. Incorporé le 15 mai comme soldat de 2e classe au 134e Régiment d’Infanterie à Mâcon, il est décrit comme mesurant 1 mètre 56, ayant les yeux gris, les cheveux blonds.
Rendu à la vie civile le 10 mai 1926, il retourne à Simard, puis s’installe presque aussitôt au hameau du Chapot à Verdun-sur-le-Doubs, peut-être avec sa future épouse. Fin 1926, il emménage au 3, rue du Blé à Chalon-sur-Saône (71), puis, à l’été 1929, rue du sergent-Bobillot dans la même ville.
Le 25 mai 1929, à Chalon-sur-Saône, il épouse Jeanne (« Jeannette ») Thibert, sans profession, née le 21 septembre 1908 à Saint-Martin-en-Bresse (71). Ils ont deux filles (les « Chipettes ») : Geneviève (« Ginette »), née le 22 mars 1930, et Andrée (« Dédée »), née le 28 janvier 1932.
Au moment de son arrestation, la famille est domiciliée au 4, avenue Victor-Hugo à Chalon-sur-Saône (71).
Alphonse Mérot cultive un jardin potager et joue aux boules à la Boule d’Or et « aux Platanes ». À un certain moment, il étudie l’Anglais en autodidacte, utilisant un manuel.
Il est ouvrier maçon. Du 15 mars 1935 au 26 décembre 1936, il travaille chez Taillandier & Vallot, entrepreneurs de maçonnerie à Chalon. En juin 1937, il travaille chez J. Varenne, constructeur de four à Macon, et chez Moliné et Cie à Dijon.
A partir de novembre 1937, il est salarié comme permanent de l’Union locale des syndicats confédérés de Chalon-sur-Saône.
Ayant adhéré au Parti communiste en 1930, Alphonse Mérot devient secrétaire adjoint du rayon de Chalon en 1932.
Secrétaire de l’Union locale unitaire (CGTU) de Chalon en 1933, il est l’un des artisans de la réunification syndicale (CGTC-GTU) comme secrétaire adjoint de la commission exécutive mise en place en 1935 et présentée au congrès de réunification du 12 janvier 1936.
En 1938, iI est secrétaire de la Bourse du Travail de Chalon. Il succède à Jean Damichel* comme secrétaire de l’Union départementale des syndicats CGT de Saône-et-Loire.
Mobilisé à Mâcon le 4 septembre 1939, Alphonse Mérot n’est pas fait prisonnier et est renvoyé dans ses foyers le 26 juillet 1940.
Il reprend son travail de maçon sur les chantiers ; lors de sa détention, son épouse recevra avec retard le versement de ses congés payés dûs par les Ponts-et-Chaussées.
Il participe à la Résistance aux côtés de Marcel Chauville. Dès 1940, il collabore à la rédaction, confection et distribution de tracts et à la constitution du premier groupe armé (futurs FTP) de la région chalonnaise (attestation de M. Chauville).
Le 23 ou 24 juillet 1941, son domicile est perquisitionné et, il est arrêté (par les Allemands ?) et mis au secret dans une cellule de la prison de Chalon. Il n’est soumis à aucun interrogatoire. Le 2 août, il est conduit en automobile à la prison départementale de Dijon, où il arrive dans l’après-midi sans « avoir vu personne de connaissance ».
Dans une lettre écrite le lendemain, il préconise à son épouse de trouver du travail en usine, se demandant si elle pourra passer l’hiver en gardant leur deux filles avec elle (en octobre, Jeanne Mérot fera les vendanges à Saint-Mond [?] ).
Le jour-même où il rédige cette lettre, Alphonse Mérot fait partie d’un groupe de détenus escortés par des Feldgendarmes - en train, via Paris - au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise - 60), administré et gardé par la Wehrmacht (Frontstalag 122 - Polizeihaftlager). Pendant le trajet, il trouve le moyen de jeter une carte sur la voie à « Laroche » (après Berzé-la-Ville, ou à la Roche-Vineuse, avant Berzé-la-Ville ?).
Arrivé le lundi 4 août au soir à Compiègne, il est enregistré (matricule 1499) avec Claude Chassepot, Charles Renaud, de Montceau-les-Mines, et Paul Girard, de Montchanin, avec lesquels il constitue un groupe de partage des colis (chambrée A5, entre autres). Il retrouve également son ami Jean Damichel*.
Alphonse Mérot souffre du manque de courrier et de la lenteur de son acheminement. Le 26 septembre, il écrit : « Tu ne reçois rien de moi. Et pourtant, depuis mon arrivée ici, je t’ai envoyé 4 lettres et 5 cartes ; ce qu’on me donne. ». Entre le 5 août 1941 et le 18 juin 1942, lui-même peut envoyer à son épouse une cinquantaine de lettres et de cartes de correspondance, qu’il numérote à partir du 7 janvier afin de vérifier que toutes parviennent à leur destinataire. Il reçoit de ses proches plusieurs colis dont il partage les vivres avec ses compagnons.
A la mi-octobre, il reçoit de l’administration du camp une « paire de gros sabots qui font au moins 5 kg pièce ».
L’hiver est très froid : le 22 janvier 1942, il fait moins 20°. Faute de chauffage, les détenus passent une grande partie de leurs journées au lit, sous leurs couvertures. Alphonse Mérot a des engelures aux mains.
Dans les périodes plus clémentes, pour passer le temps, il fabrique de petits objets : cadres photos, portes-lettres, protèges-cahiers…
Il suit également les cours dispensés par l’organisation des détenus : « Si les chipettes souffrent des événements dans leur fréquentation scolaire, tu verras que je suis à même de la compléter ».
Le 21 novembre 1941, il expose son emploi du temps. « Lundi : à 9h30, Allemand ; à 10h30, Français supérieur ; à 14h, Anglais ; à 15h, Arithmétique - Mardi : à 14h, Littérature ; à 15h, Géographie - Mercredi : à 9h30, Allemand ; à 15h, Sciences - Jeudi : à 9h30, Français ; à 14h, Littérature - Vendredi : à 10h, Allemand ; à 15h, Géométrie - Samedi : à 9h30, Anglais ; à 15h, Algèbre. En plus, de 13h à 14h, tous les jours : Espéranto. »
Dans son cahier d’algèbre, il consigne - peut-être pour les dissimuler - d’autres informations sur son expérience du camp : le quotidien, la faim, le froid, les sanctions collectives, les exécutions d’otages… A la date du 19 septembre, il note : « Les premiers attentats ont lieu, nous sommes otages. » (dans une lettre du même jour, il ajoute : « J’ai passé à l’interrogatoire qui a surtout porté sur mon activité syndicale. ») ; début mars 1942 : « J’apprends les attentats de Montreau, Montchanin et Chalon ! Cette fois, est-ce que notre tour est venu ? » ; le 8 mai : « Je maigris toujours. Il faudra pourtant bien que cela s’arrête, car il n’en reste pas épais de ce qui fut moi. » ; le 20 mai : « Aujourd’hui, sont arrivés ici Polo V. (Pierre Vendroux ) et d’autres Chalonnais : Rosier, Michaud, venant de Beaune. (…) J’ai appris le sort de ce pauvre Paul, que Jean* avait pu écrire une dernière lettre. » ; s’adressant à son épouse Jeanne : « Le 26 (juin], j’ai causé longtemps avec toi en rêve, j’étais libéré. Pourquoi le réveil vient-il ? »
Dans une lettre du 7 juin, il fait dire à son ami Kinou qu’il a « gagné en 15 jours deux concours de boules ici, et quel prix : un demi-paquet de tabac. »
Entre fin avril et fin juin 1942, Alphonse Mérot est sélectionné avec plus d’un millier d’otages désignés comme communistes et une cinquantaine d’otages désignés comme juifs dont la déportation a été décidée, suivant un ordre de Hitler, en représailles des actions armées de la résistance communiste contre l’armée allemande.
Le 1er juillet, son épouse lui écrit une lettre qui lui revient avec la mention (tamponnée) « Retour à l’envoyeur ».
Le 6 juillet 1942 à l’aube, les détenus sélectionnés sont conduits sous escorte allemande à la gare de Compiègne et entassés dans des wagons de marchandises. Le train part une fois les portes verrouillées, à 9 h 30. Le voyage dure deux jours. N’étant pas ravitaillés en eau, les déportés souffrent principalement de la soif.
Le 8 juillet, Alphonse Mérot est enregistré au camp souche d’Auschwitz (Auschwitz-I) sous le numéro 45875 (sa photo d’immatriculation n’a pas été retrouvée). Il est déclaré comme maçon (“Maurer”). Après l’enregistrement, les 1170 arrivants sont entassés dans deux pièces nues du Block 13 où ils passent la nuit. Le lendemain, vers 7 heures, tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau où ils sont répartis dans les Blocks 19 et 20. Le 10 juillet, après l’appel général et un bref interrogatoire, ils sont envoyés aux travail dans différents Kommandos.
Le 13 juillet - après cinq jours passés par l’ensemble des “45000” à Birkenau - Alphonse Mérot est dans la moitié des membres du convoi qui est ramenée au camp principal (Auschwitz-I) après l’appel du soir. Il est assigné au Block 16 avec d’autres “45000”.
Le 15 juillet, l’administration du camp envoie à son épouse une carte-formulaire qu’ont également reçu d’autres familles : « (…) le détenu (…) a été transféré dans un autre camp pour travailler. Le lieu de destination ne nous est pas connu, de sorte que vous devez attendre des nouvelles ultérieures… ».
Le 12 août, Alphonse Mérot est signalé comme travaillant à la construction (ou à l’élévation d’un étage ?) du Block 23.
Alphonse Mérot meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942, d’après les registres du camp, alors qu’a lieu une grande sélection des “inaptes au travail” à la suite de laquelle 146 des “45000” sont inscrits sur le registre des décès en deux jours (probablement gazés**). Le registre indique pour cause - mensongère - de sa mort : « œdème péricardiaque » (Herzwassersucht)
Fin février et début mars 1946, Pierre Vendroux, de Chalon-sur-Saône, et Gabriel Lejard, de Dijon, rédigent et signent chacun une attestation de décès (G. Lejard estime qu’Alphonse Mérot est mort le 28 septembre…).
L’armée française le considère comme sergent au titre de la Résistance intérieure française (RIF)(20-03-1950) ; sa veuve touche un arriéré de solde à compter de la date de son arrestation (« 1 an 1 mois 27 jours de détention ».
Son nom est inscrit sur le monument de la déportation de Chalon-sur-Saône, placé sur le mur du cimetière ouest, avenue Boucicaud.

 

Notice Maîtron :

 

MÉROT Alphonse.

Né le 1er mars 1905 à Simard (Saône-et-Loire), mort le 21 septembre 1942 en déportation ; cheminot ; syndicaliste ; communiste ; résistant.

Cheminot, Alphonse Mérot était membre du Parti communiste depuis 1930 et secrétaire adjoint en 1932 du comité du rayon de Chalon-sur-Saône (voir Victor Ponsot*).

Secrétaire de l’Union locale unitaire de Chalon en 1933, il fut l’un des artisans de la réunification syndicale au titre de secrétaire adjoint de la commission exécutive mise en place en 1935 et présentée au congrès de réunification du 12 janvier 1936.

Secrétaire de la Bourse du Travail de Chalon en 1938, Alphonse Mérot participa à la Résistance, fut arrêté le 6 août 1941 et mourut en déportation.



26/12/2010
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